Marc-Alexandre Oho Bambe – Diên Biên Phù (Pascale)

Marc-Alexandre Oho Bambe, Diên Biên Phù, 2018, 224 p

Résumé :
Alexandre a fait la guerre d’Indochine, il a survécu à la bataille meurtrière de Dien Bien Phu. Il revient au Vietnam 20 ans plus tard, alors qu’il est marié en France à Mireille et qu’il a des enfants. Il fut amoureux, pendant la guerre, d’une jeune femme Maï Lan.

Ce voyage est l’occasion pour lui de réfléchir à ce que fut sa vie, et de revivre cette période qui l’a marqué à jamais : son grand amour pour Maï, son amitié avec un Sénégalais qui lui a sauvé la vie, l’horreur des combats…

Mon avis :
Le roman mêle des parties du récit en prose, des poèmes. L’écriture est d’une élégance rare. L’auteur, qui fait aussi du slam, réussit à insuffler un rythme très particulier à toutes les phrases, qui pourraient être lues à haute voix. L’histoire elle- même n’est pas d’une grande originalité, même si les thèmes en sont éternels : l’amour, l’amitié, la guerre, la vie de couple, les choix dans nos vies. Ce qui fait l’intérêt du roman c’est le style « slam » qui donne au récit une beauté absolue. C’est à mi -chemin entre la poésie et la prose, c’est élégant, bien balancé, extrêmement émouvant. Gros coup de cœur pour ce roman, qui se lit vite, mais nous « swing » la tête pendant longtemps.

Cécile Coulon – Une bête au paradis (Pascale)

Cécile Coulon, Une bête au paradis, 2019, 352 p.

Résumé :
Blanche vit à la ferme « Le paradis », avec sa grand-mère Emilienne, son petit frère Gabriel, et le garçon de ferme Louis. Ses parents sont morts dans un accident de voiture, le petit Gabriel est resté fragile, un peu « inadapté ».

Blanche possède une force intérieure peu commune, une « dureté campagnarde ». Adolescente elle tombe amoureuse d’Alexandre, le beau gosse du village, fils de cheminot (détail intéressant). Il quittera le village après le bac pour faire ses études, et vivre sa vie, sans elle. Blanche en restera meurtrie. Les années passent, et Alexandre revient au village.

Mon avis :
Le récit nous place dans la tête de Blanche, nous montre la vie de la ferme par ses yeux, et l’ensemble des personnages aussi. La vie à la ferme est âpre, difficile mais Blanche est attachée à cette terre et aux animaux, comme l’est sa grand-mère. On la voit forte et dominante, mais en amour elle restera naïve et aveugle.

C’est très habilement construit, on a vraiment le sentiment, à la fin du roman, de s’être fait promener par l’auteur, comme pour un polar dont on n’a pas deviné la fin. Une écriture très puissante, qui ne semble pas très moderne, empreinte de réalisme plutôt dépaysant : la gadoue de la ferme, les ballots de paille, les bouses de vache. Un roman vraiment marquant.

Jean-Baptiste Andrea – Cent millions d'années et un jour (Pascale)

Jean-Baptiste Andrea, Cent millions d’années et un jour, 2019, 320 p.

Résumé 
Stan, paléontologue en fin de carrière, entraîne son ami Umberto et son assistant Peter dans une expédition, sur les traces d’un squelette de dinosaure enfoui dans les glaces. Il ne dispose que de peu d’éléments, le récit d’une petite fille, une histoire racontée autrefois, et le désir d’y croire.

Mon avis :
Le roman est raconté sur 4 saisons, et fait une large part aux descriptions de la montagne, du glacier, au quotidien des hommes de l’expédition. Il comporte des retours en arrière sur l’enfance de Stan, ce qui est à l’origine de sa vocation. L’amour qu’il porte à sa mère, sa relation difficile avec son père. Le récit est tendu vers l’objectif de cet homme : faire une découverte majeure, il y a là le côté palpitant de la recherche. Les descriptions ne sont jamais ennuyeuses (si, un peu). C’est un beau roman, bien construit, bien écrit, qu’on dévore et qui donne envie de découvrir des squelettes de dinosaure en se baladant en montagne.

Auður Ava Ólafsdóttir – L'embellie (Michèle)

Auður Ava Ólafsdóttir, L’embellie, 2004, 258 p.

Résumé :
La narratrice a besoin de faire un « break » : son mari la quitte, son amant aussi ; sa meilleure amie, enceinte de jumeaux et admise à l’hôpital pour une chute, lui confie son fils de quatre ans, malentendant et mal voyant.

Côté positif, elle gagne coup sur coup un chalet d’été et une belle somme au loto. Elle entreprend alors un périple en suivant la cote de l’Islande, sur la Nationale 1 qui fait le tour de l’île. Le temps, qui devrait être à la neige, reste à la pluie diluvienne. Le paysage fait partie intégrante du roman.

Mon avis :
Ce roman m’a été offert par Dominique à Noël car elle sait que j’ai lu et adoré deux romans de cette auteure (Or et Rosa Candida). Dans celui-ci, je retrouve son style léger et poétique, et ses personnages très sensibles et un peu décalés. Les ambiances sombres du mois de novembre en Islande, la pluie, ininterrompue, rythment le voyage. La jeune femme, sur laquelle tous les événements semblent glisser sans l’affecter, et l’enfant «bizarre» arrivent à se comprendre sans vraiment parler.

Cependant, deux points m’ont gêné : des retours en arrière, au temps de l’adolescence de la narratrice (en italique dans le texte), qui semblent nous révéler un secret, mais finalement, rien n’est confirmé… et la fin du roman, trop abrupte. C’est dommage.

Adeline Dieudonné – La vraie vie (Pascale)

Adeline Dieudonné, La vraie vie, 2018, 265 p.

Résumé :
La vraie vie c’est celle dont on rêve quand on est enfant, quand on vit dans un lotissement gris et triste, entre un père violent et une mère éteinte. Seul rayon de soleil dans cette triste vie : le petit frère Gilles avec lequel la narratrice entretient des relations tendres et partage ses jeux d’enfant dans une décharge de voitures.

Lorsqu’un accident vient bouleverser leur quotidien, Gilles change et s’éloigne d’elle. Elle mettra alors toute son énergie et son intelligence pour reconstruire la relation privilégiée qui fut la leur.

Mon avis :
Ce roman, raconté à hauteur d’enfant, est à la fois lumineux et très sombre. Très sombre parce que les violences du père sont décrites crûment. Lumineux parce que cette enfant n’abandonnera pas ses rêves, malgré son quotidien sordide et glauque. Une très belle écriture, un mélange d’optimisme et de noirceur. J’ai beaucoup aimé.

Pierre Lemaitre – Trois jours et une vie (Elise)

Pierre Lemaitre, Trois jours et une vie, 2016, 288 p. (lu en livre audio)

Résumé :
Beauval, petit village de campagne, 1999. Antoine est un jeune garçon de 12 ans, élevé seul par sa mère, il est un peu dépressif et solitaire. Il est très attaché à Ulysse, le chien des voisins : M. et Mme Desmedt et leur fils Rémi, 6 ans. Un jour, une voiture renverse Ulysse et M. Desmedt achève le chien souffrant d’un coup de fusil. Antoine, très choqué, se réfugie dans la forêt. Lorsque Rémi Desmedt, qui n’a pas assisté à la scène, le rejoint, Antoine entre en rage et, de colère contre le geste du père, il frappe le jeune enfant avec un bâton. Mais Rémi est touché à la tempe et s’affale, mort.

Mon avis :
Bon, en lisant le résumé, vous aurez compris que ce n’est pas un roman très drôle… Au début, j’ai vraiment eu du mal : l’auteur nous raconte les 3 jours qui suivent le drame et ne nous épargne pas grand chose des tourments et des angoisses du jeune garçon. Lorsque j’arrêtais ma lecture, je n’avais ensuite pas très envie de reprendre le livre pour me replonger dans cette histoire sordide.
Puis l’auteur nous raconte la suite, 12 ans puis 16 ans après (de mémoire). Et là, on retrouve le talent de Pierre Lemaitre, qui sait planter un décor et nous conter l’histoire de tous ses personnages.
Donc finalement, j’ai aimé ; mais le côté vraiment noir du roman fait que je ne le recommanderai pas forcément.

Jérôme Ferrari – Le sermon sur la chute de Rome (Elise)

Jérôme Ferrari, Le sermon sur la chute de Rome, 2012 (Prix Goncourt), 208 p.

Résumé :
Matthieu passe toutes les vacances de son enfance en Corse, dans la famille Pintus, et se lie d’une amitié très forte avec le fils, Libero. Celui-ci rejoint Mathieu pour suivre des études de philosophie à Paris. Mais, désabusés par leurs cours et par les perspectives d’avenir qui s’offrent à eux, les deux amis décident finalement de tout abandonner pour reprendre la gestion du bar du village, en Corse. On suit également le parcours du grand-père de Matthieu, Marcel, avec son passé d’administrateur colonial en Afrique et de la sœur de Matthieu, Aurélie, qui connaît un amour impossible en Algérie.

Mon avis :
Même si le livre est court, ce n’est pas une lecture nécessairement facile, les paragraphes sont denses et peu aérés (surtout que je l’ai beaucoup lu le soir, fatiguée). J’ai bien aimé l’histoire des deux garçons qui reprennent le bar du village, au grand dam de leur famille (celle de Matthieu surtout). L’auteur établit un parallèle entre cette histoire et le sermon de Saint Augustin sur la chute de Rome, qui essaye de convaincre les Chrétiens que ce qui arrive est pour le mieux. Je dois avouer que la connexion entre ces deux histoires m’a un peu échappé (deux empires qui s’effondrent ?)… Mais j’ai bien aimé lire ce livre.

Eric Marchal – Les heures indociles (Michèle)

Eric Marchal, Les heures indociles, 2018, 853 p.

Résumé :
Londres, 1908. Nous suivons les parcours des trois personnages centraux, Olympe Lovell, « suffragette » qui lutte pour le droit de vote des femmes, Thomas Belamy, médecin qui allie la médecine orientale et occidentale et Horace de Vere Cole, dandy irlandais. Le récit nous fait découvrir plusieurs facettes de la politique et des mœurs dans ce Londres du début du XXe siècle.

Mon avis :
J’avais déjà lu un roman historique d’Éric Marchal (Là où rêvent les étoiles) qui romançait la vie de Gustave Eiffel et j’avais bien apprécié cette lecture. Cette fois mon avis est plus mitigé. Une note en fin du roman nous explique que de nombreux faits exposés sont réels et le contexte du début du siècle est très intéressant.

De Buckingham Palace aux taudis de l’East End, de l’hôpital au Parlement, à travers les égouts jusque dans le Chinatown londonien, Éric Marchal nous entraîne dans des intrigues foisonnantes. Ce qui m’a plu, c’est le récit du jeu politique à Londres à cette époque (pourtant ce n’est pas souvent ma tasse de thé), la puissance de certaines personnes et la pauvreté des habitants et ouvriers de l’East End. Cela m’a donné envie de lire « le peuple d’en bas » de Jack London. Mais il me semble que l’auteur a voulu rapprocher trop de sujets, entre la lutte des femmes, la médecine de l’époque et la vie loufoque du dernier personnage. Malgré le fond historique que je retrouve toujours avec satisfaction, le roman m’a vite semblé un peu ennuyeux. A vous de voir….

Jean Eimer – Montaigne, encore un essai ! (Michèle)

Jean Eimer, Montaigne, encore un essai !, 2018, 145 p.

Résumé :
En premier lieu je m’excuse de vous présenter un ouvrage qui n’est pas un roman. Je sais, ce n’est pas l’objet de ce blog, mais j’en avais trop envie. J’ai offert ce livre à mon père pour son 89ème anniversaire mais je lui ai emprunté dès que l’occasion m’en a été donnée. Jean Eimer, journaliste et reporter à Sud-Ouest, s’est laissé tenter par la proposition d’un éditeur qui lui demande d’écrire sur Michel Eyquem de Montaigne. Il va donc nous retracer sa vie de façon très sympathique, en faisant parler le fantôme de Montaigne, qui erre dans la tour de son château et qui, par ennui, a lu la pile entière des « Midi Olympique » qui traînait là (d’où un style parfois un peu rugbystique dans la parole du personnage !).

Nous sommes emportés dans le XVIe siècle avec une vivacité singulière. Tout y passe, les rois, les guerres de religion, les voyages, la vie quotidienne entre Périgord et Bordelais, la peste…

Mon avis :
J’ai beaucoup appris en m’amusant sur ce personnage hors du commun qui, depuis 500 ans fait couler beaucoup d’encre. Ses « essais » qu’il a mis 20 ans à écrire, ont été étudiés sous toutes les coutures. Il est vrai, comme il le rappelle l’air de rien, qu’il est l’écrivain le plus étudié et le plus commenté sur terre ! (J’avoue que je ne les ai pas lus et d’ailleurs cette lecture semble assez difficile du fait de l’emploi du vieux français).

L’ouvrage d’Eimer nous fait aimer cet homme épris de liberté et qui a suivi son libre arbitre tout au long de sa vie (sauf quand le roi lui ordonne de rentrer à Bordeaux où il a été nommé Maire sans être candidat !). Le style est plutôt journalistique, pourtant enjoué et malicieux, mais une documentation sérieuse transparaît à tout instant et on sent que l’auteur a fourni un énorme travail de recherche. Des faits récents, concernant des hommages ou des parutions sur Montaigne, s’intercalent avec l’histoire sans aucune faute de goût (le fantôme étant encore dans les murs du château, il est au courant de tout ce qui se lit ou se dit sur lui depuis des siècles).

J’ai adoré cette lecture facile et humoristique. De plus, il est toujours plaisant de lire une histoire qui se déroule « chez nous ». Enfin, les illustrations de Christian Gasset sont vraiment en phase avec le style du récit. N’hésitez pas à passer quelques heures en compagnie de ce grand homme.

Sylvain Tesson – La panthère des neiges (Dominique)

Sylvain Tesson, La panthère des neiges, 2019, 167 p.

Résumé :
L’auteur décide de partir avec un photographe animalier à la recherche de la panthère des neiges qui vit au fin fond du Tibet. C’est le récit au jour le jour de cette expédition sur les hauts plateaux tibétains qui consiste à résister au froid, à pister des heures entières l’hypothétique apparition d’un animal et de s’immerger dans un paysage minéral et gelé.

Commentaire :
J’aime beaucoup le ton de ce roman qui nous emmène dans cette expédition un peu absurde mais très édifiante. Il faut vraiment souffrir pour ramener des images d’un félin qui se terre à l’autre bout du monde et qui s’y cache si bien que l’on pourrait le croire disparu !
L’humour du simple mortel qui se joint aux artistes illuminés est vraiment très agréable. Sylvain Tesson arrive à nous entrainer dans l’aventure et souffrir du froid et se demander souvent ce que l’on fait là, avec comme seule distraction, le passage d’un loup, un troupeau de Yacks, un faucon dans le ciel et quelques chèvres bleues….